Marie-Rose Vitale - Mode & Création (Provence-Alpes Côte d’Azur)
Entretien avec l’experte Annick Moreau
"Marie-Rose est sereine et concentrée. Je lui ai tout de même dit ce matin qu’il fallait qu’elle avance un peu plus rapidement aujourd’hui car la compétition est très dure.
Le premier sujet consistait à réaliser un bustier imposé, ensuite une jupe de mariée. Pour la fin de compétition il s’agit de décorer le bustier grâce aux matériaux contenus dans une boîte mystère.
Son travail sur la jupe étant bientôt terminée elle récupérera la boîte mystère dans laquelle elle trouvera les accessoires pour décorer son bustier. Ensuite il lui reste encore une heure aujourd’hui pour ouvrir la boîte, prendre connaissance de son contenu et commencer le travail. Demain il ne lui reste que 4 heures pour finir le travail qui, assemblé, sera une création complète.
Ceci m’enchante particulièrement car depuis le Japon en 2007 les experts comme nous, travaillons ensemble pour faire en sorte que l’épreuve évolue plus vers la création et non seulement sur la fabrication. C’est enfin chose faite !
Marie-Rose a été très performante à Lille, très au-dessus du niveau de ses concurrentes. Ici la concurrence est très rude, le niveau est très élevé. Les pays comme la Suisse, la Corée ainsi que le Japon sont très forts. Ils ont une rapidité d’exécution hors du commun. Mais Marie est bien concentrée, bien dans sa bulle. Elle a choisi de travailler sur un modèle dont la difficulté est importante : elle a travaillé le devant de sa jupe avec du tull qu’elle plisse d’une certaine manière, c’est un degré important de difficulté. Les robes doivent être bien pensées : la mariée doit pouvoir évoluer dans sa robe, danser, bouger ! De plus, il fallait qu’elle intègre trois tissus différents pour la jupe.
Maintenant reste l’exercice de la boîte mystère et encore 4 petites heures à travailler ! Le concours reste ouvert !"
Loïc Giesen – Fraisage (Lorraine)
Entretien avec l’expert Thierry Bourrée
"Loïc a débuté la première journée avec un problème de réglage avec un outil, ce qui l’a pénalisé par la suite. Le fait d’oublier de prendre une mesure lui a coûté cher. Heureusement les projets 2 et 3 se sont bien déroulés. La concurrence est rude : la Corée, le Japon et le Brésil sont bien devant. Le Liechtenstein ainsi que la Suisse suivent de très près.
Loïc a complètement laissé le stress de sa première journée. Ce matin, il a pu dormir 1h1/2 de plus ce qui lui a fait du bien. Il est bien concentré maintenant malgré le fait que l’erreur de la première journée aura des conséquences sérieuses sur son classement. Il faut dire que seulement 4 pièces ont été correctes sur la première journée !
Personnellement je trouve que le concours international est aussi une excellente expérience pour nous, les experts. Une remise en question totale ainsi qu’un vrai challenge au niveau de l’anglais. Je prends des notes pour encore et toujours améliorer la préparation et mes interventions auprès du candidat. C’est à ça que sert aussi l’échange avec les professionnels d’autres pays."
Jack Malinge - Maçonnerie (Pays de la Loire
Entretien avec l’expert Frédéric Miquet
"Depuis le début Jack est vraiment bien concentré et appliqué. Il n’y a pas de problème lié au temps pour lui. Pour le moment, Jack se classe parmi les 5 premiers. Mais compte tenu du fait que l’exercice est relativement facile, chaque erreur peut-être fatale. Il faut dire aussi que la concurrence est rude, les premiers 4-5 candidats sont dans un mouchoir de poche !
Parmi les pays les plus forts figurent la Corée, la Taiwan, l’Italie, le Sud Tyrol, la France et l’Angleterre.
D’après ce que l’on a pu voir aujourd’hui, nous allons probablement n’avoir qu’un seul candidat qui ne terminera pas son épreuve.
Jack est réellement impressionnant : il a non seulement un mental d’acier mais également un excellent physique. Il a encaissé le décalage, le changement de nourriture, le stress et la compétition de façon exemplaire. Je n’ai pas souvenir d’avoir vu d’autres jeunes maçons qui étaient aussi résistants que Jack !
C’est peut-être son mental et sa résistance physique qui lui permettront de faire la différence dans les derniers moments de la compétition."
Nicolas Petitpas – Chaudronnerie (Pays de la Loire)
"L’épreuve que je dois réaliser est la création d’une chauffette de terrasse, que l’on retrouve très souvent sur les terrasses des restaurants par exemple. J’ai plusieurs pièces à réaliser à la fois en inox et en acier dont l’ordre de création est imposé chaque jour par le jury. Pour éviter de se comparer aux autres ce qui peut être déstabilisant, le jury indique la pièce à concevoir à deux candidats puis une pièce différente à deux autres candidats, etc. Cela permet aussi de faire des roulements sur les machines car nous n’avons par exemple qu’une seule presse. Il faut donc bien s’organiser.
Ma première journée de la compétition s’est bien déroulée, j’étais assez content de moi. Mais la deuxième journée, j’ai eu un problème. En fait, il y a eu une mauvaise compréhension avec les experts si bien que je n’ai pas compris correctement la consigne. Je pensais que je pouvais finir ma pièce le lendemain si je n’avais pas terminé le jour même. Or, il fallait absolument que je la finalise le soir même si bien que j’ai eu quelques points en moins. Je ne pouvais pas rattraper ce retard aujourd’hui. Il faudra donc que je termine ma pièce le dernier jour de la compétition. Même si cette incompréhension m’a un peu troublé ce matin, je suis assez confiant. Je reste très concentré sur mon travail jusqu’au bout car je sais que demain, ce sera la dernière ligne droite pour espérer atteindre une place sur le podium !"
Michel Guisembert, Premier Conseiller des Compagnons du Devoir
"Cette compétition est grandiose avec plusieurs originalités. L’une d’entre elles est l’audace d’avoir mélangé des métiers tels que la couture et les métiers de l’industrie. L’ambiance est sereine, le site de la compétition est très bien avec beaucoup d’espaces et les moyens déployés sont énormes.
Ce qui est particulièrement réussi est l’approche pédagogique qui est mise en place avec des endroits permettant à ceux qui le souhaitent de s’informer sur les métiers et le concours. De plus, le niveau est très haut, tout a été préparé minutieusement. La compétition ne laisse plus aucune place à l’amateurisme.
Toutefois, j’avoue être effrayé de voir disparaître prochainement des métiers au niveau international faute de pays participants. Ce sera probablement le cas pour les couvreurs et avec certitude pour les tailleurs de pierre. Une vrai catastrophe pour la profession qui a d’énormes besoins en terme de recrutement.
Je pense également que certains règlements gagnent à être retravaillés sur le plan de l’éthique : il est inconcevable de pénaliser les jeunes candidates françaises de l’aide à la personne parce qu’elles présentent leur sujet à l’oral en français. C’est l’une des trois langues officielles de WorldSkills International et il n’est pas possible d’exiger des candidats qui travaillent au quotidien en français et seulement en français, de devoir soutenir en anglais."
Antoine Kretz - Délégué Technique de WorldSkills France
"Nous commençons à avoir des tendances pour un certain nombre de métiers. La fatigue s’installe et il va falloir que les candidats se motivent encore une fois pour tout donner jusqu’au bout. C’est d’autant plus dur pour certains qui savent que le podium est devenu inaccessible. C’est également une déception pour les experts qui les accompagnent dans cette aventure. Mais il s’agit d’aller au bout de cette expérience pour ne rien regretter.
L’équipe des experts est très motivée. Lors de nos réunions du matin et du soir nous évoquons l’ensemble des journées de compétition en échangeant sur les incidents, en arrêtant des stratégies. Lorsque nous constatons que les candidats sont en difficulté, l’expert travaille même avec le préparateur physique et mental afin qu’il puisse intervenir à son niveau.
Aujourd’hui l’ébéniste Jérôme Bellet s’est ouvert l’arcade. Rien de bien grave, mais c’est toujours un petit choc qui fait perdre de la concentration. C’est à ce moment là que l’action solidaire auprès du jeune devient indispensable."